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Être guide-conférencier en période de pandémie

Dans un article précédent, je vous avais parlé du quotidien des guides-conférenciers, en temps "normal", ou en tous cas, avant l'arrivée de ce fichu virus qui nous a bien changé la vie à tous. Plus de 8 mois après le début de cette pandémie, il est temps de faire le point sur l'état du métier de guide-conférencier et son avenir dans les prochains mois.

Bien sûr, cet article n'engage que moi, et ne représente pas forcément la situation de tous les guides-conférenciers en France! Je vais néanmoins essayer de dresser un tableau le plus complet possible de ce qui a été fait, et de tout ce qui reste à faire. 

Être guide-conférencier en période de Pandémie

Les points négatifs

Commençons donc par le négatif, parce que mine de rien, c'est pas facile comme période (et après on finit avec les points positifs!!!)

Pas de touristes = Pas de revenus

Bon, c'est assez simple je pense : les frontières sont fermées, les touristes américains, chinois, russes ou brésiliens ne peuvent pas voyager en France. Et ils ne pourront sans doute pas revenir avant un bon moment.

En sachant que certains guides-conférenciers ne travaillent qu'avec des touristes étrangers… cela veut dire qu'ils n'ont plus aucune activité depuis de trèèès longs mois, et aucune visibilité sur la reprise

De nombreux guides ont dont dû chercher un autre emploi, en attendant que la situation s'améliore. 

Pour ma part, j'ai la chance de travailler en partie avec une clientèle française et francilienne, donc j'ai pu "sauver les meubles", mais ça fait quand même mal au cœur de voir toutes les réservations pour un public américain qui s'annulent les unes après les autres. Je me console avec les visioconférences ! 

Des Aides... Mais pas pour tout le monde

C'est sans doute l'un des principaux problèmes de cette crise. De manière générale, les guides-conférenciers sont :

  • Soit salariés : employés à la vacation ou en CDDU (CDD d'usage), ou encore en portage salarial pour des missions allant de quelques heures à quelques jours
  • Soit exercent leur activité en tant qu'indépendant (micro-entrepreneur...)
  • Soit salariés et indépendants, en statut mixte

Certains indépendants ont pu avoir accès au Fonds de Solidarité mis en place par l'Etat, permettant d'avoir accès à une aide pouvant aller jusqu'à 1500 euros par mois. Mais tout le monde n'en bénéficie pas, et cette aide risque de s'arrêter en décembre 2020... Alors que les touristes ne vont certainement pas revenir en janvier 2021 ! 

Et surtout : pour beaucoup de guides salariés à la mission : rien du tout ! Les contrats étant généralement signé le jour de la mission, de nombreux employeurs n'ont pas mis en place de chômage partiel, et de nombreux guides se retrouvent donc sans rien du tout! 

Le sentiment amer de ne pas exister

Malgré des dizaines de flashmobs, manifestations, courriers, réunions et autres rendez-vous… depuis le mois de mars, rien du tout!

Notre profession relevant à la fois du Tourisme et de la Culture, et soulevant des problèmes liés au Droit du Travail, chacun se renvoie la balle : le Ministère de la Culture, le Secrétariat d'Etat au Tourisme, la Direction Générale des Entreprises… et au final, il ne se passe pas grand chose. 

Et nous ne sommes pas les seuls à passer entre les mailles du filet : une fédération d'ailleurs a vu le jour : la FMITEC, pour Fédération des Métiers Intermittents du Tourisme, de l'Evènementiel et de la Culture, considère qu'environ 2 millions de travailleurs précaires sont ainsi oubliés : des accompagnateurs de voyage aux extras de la restauration, en passant par les techniciens de spectacles! 


Flashmob Louvre 6 juillet 2020
Près de 200 guides-conférenciers réunis le 6 juillet 2020 à l'occasion de la réouverture du Musée du Louvre au public
Flashmob Notre Dame 19 septembre 2020
2 mois plus tard, à l'occasion des Journées Européennes du Patrimoine, le 19 septembre 2020 : Flashmob devant la Cathédrale Notre-Dame, monument sinistré, comme la profession de guide !

Les points positifs

Oui, parce qu'il faut bien essayer de voir le côté positif de cette situation compliquée : 

Les musées sont vides

Ca c'est vraiment un bon point positif : parce qu'il est vrai que vu les conditions de visites au Musée du Louvre ou au Château de Versailles en 2019 (soit 9 et 8 millions de visiteurs l'année dernière), on n'a pas trop envie d'y revenir. 

Entre deux confinements, c'est donc le bon moment pour redécouvrir ces chefs-d'œuvre du patrimoine français, sans la foule.

Ca développe la créativité

Selon le psychiatre autrichien Viktor Frankl, "L'impossibilité de changer une situation nous met au défi de nous changer nous-mêmes."

Cette crise a donc permis à de nombreux guides de développer leur créativité en mettant au point des vidéos, des visites virtuelles, des podcasts… En avril, je vous avais proposé une petite sélection de ces initiatives originales

On parle (un peu) des guides conférenciers

Suite aux différents Flashmobs, pétitions et manifestations depuis plusieurs mois, la presse parle (un peu) de la situation des guides-conférenciers, ce qui permet (un peu) de faire connaître le métier

Voici par exemple un article de France Info concernant le flashmob organisé lors des Journées du Patrimoine.

On a le temps de se former

Avec beaucoup moins de visiteurs (étrangers notamment), le moment est idéal pour se former. Visioconférences, lectures, visites d'expositions, vidéos… Pour ma part, je m'investis dans l'association GUID'Z, qui propose de la formation "continue" pour les guides.

Au programme cette année : le Street Art à Paris, Louis XV, Balzac ou encore l'histoire des Jardins...


Versailles
Au Château de Versailles en Avril 2019

On pourrait peut-être trouver un compromis entre trop et pas assez, non ?

Qu'en pensez-vous ?

Musée Louvre
Au Musée du Louvre en Septembre 2020

Cela fait donc plusieurs mois que nous sommes tous dans une situation compliquée et surtout inédite par sa durée. Entre juin et octobre, les visites ont pu reprendre pour quelques mois, avec des conditions sanitaires strictes, pour pouvoir visiter en toute sérénité. Les jauges sont limitées dans les musées et monuments, les entrées sont horodatées pour fluidifier les accès, le port du masque est obligatoire…

Pour ma part, j'ai également investi dans un équipement audio : c'est un système d'écoute constitué d'un micro pour le guide, et d'écouteurs pour les participants. Cela permet de respecter la distanciation physique, ainsi qu'une meilleure qualité d'écoute, pour ne pas perdre une miette du discours de votre guide, malgré le masque ! 

 

Mais ces mesures n'ont pas suffit, et il a donc fallu s'interrompre à nouveau après les vacances de la Toussaint lors de ce deuxième confinement... La perspective d'une reprise "normale" en 2021 s'éloigne peu à peu, mais qu'à cela ne tienne, continuons les visites virtuelles, et retrouvons-nous bientôt pour de nouvelles visites lorsque la situation le permettra ! 

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Commentaires: 2
  • #1

    Cécile LOISEAU (vendredi, 27 novembre 2020 11:58)

    Très bon article, bravo ! Je rajouterai une chose : on a le temps de se former, oui... parfois à tout autre chose (moi la première) et on peut donc se demander combien de guides seront là quand ça repartira ? Je nourris l'espoir de pouvoir reguider un jour quand même (parce que c'est mon métier !) et en même temps je me prépare à tout laisser tomber (j'ai 45 ans, l'âge où on peut encore se remettre en question... après c'est trop tard ou trop difficile, je pense). Dur dur. Vrai numéro d'équilibriste... Mais pour ceux qui sont dans l'optique de persévérer coûte que coûte, soyez créatifs !

  • #2

    Elisa Jéhanno (vendredi, 27 novembre 2020 14:10)

    Merci Cécile pour ce message. Il est vrai que la situation sera sans doute délicate lors de la reprise aussi... Bon courage :)